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Trek en Bosnie en hiver, le pays le plus sous-coté d’Europe

AU CŒUR DES ALPES DINARIQUES

Nous avons traversé la Bosnie-Herzégovine dans le cadre d’un plus long voyage : une marche à travers l’Europe via 16 pays. Entre 2018 et 2020, nous avons marché 10000 km du Portugal jusqu’en Turquie pendant deux ans. C’est le projet Deux Pas Vers l’Autre. Découvrez l’ensemble du projet ici.

Qu’est-ce que vous savez de la Bosnie-Herzégovine ? 

Nous, on n’en savait rien. Sarajevo nous évoquait un assassinat ayant déclenché la Première Guerre Mondiale, puis, plus récemment, une ville en état de siège, des bombardements et l’explosion de la Yougoslavie. Oui, c’est maigre… 

Quelles images avez-vous en tête quand vous pensez à ce pays ou à sa capitale Sarajevo ?

Ses habitants, vous les appelez comment ?

Bosniaques ? Bosniens ?

A quoi ressemble le pays ?

Est-ce que la guerre a laissé beaucoup de traces encore visibles ?

Est-ce qu’on peut randonner sans trop risquer de mettre le pied sur une mine ?


Infos clés de notre traversée de la Bosnie-Herzégovine

  • Pays : Bosnie-Herzégovine
  • Type d’itinéraire : Ligne droite
  • Difficulté : Difficile
  • Langue : Serbo-croate
  • Période : Hiver - février/mars
  • Durée : 1 mois
  • Distance : 400 km
  • Point de départ : Livno, frontière croate
  • Point d’arrivée : Šćepan Polje, frontière monténégrine
  • Dénivelé positif : 11 460 m
  • Dénivelé négatif : 1 1900 m

Randonnée et aventure en Bosnie-Herzégovine

Sentier de longue distance : la Via Dinarica

En Bosnie-Herzégovine aussi, on a suivi régulièrement les sentiers de la Via Dinarica. Cet itinéraire connecte cinq pays. Slovénie, Croatie, Bosnie, Monténégro et Albanie. Au total, plus de 1 260 kilomètres et 52 000 mètres de dénivelé positif.

Ces sentiers de longue distance européens sont la colonne vertébrale de notre itinéraire. Si on ne les suit jamais scrupuleusement parce qu’on aime garder notre liberté, ils serpentent en général parmi les plus beaux sites des pays qu’ils traversent.

En faisant leur promotion, nous aimons aussi penser que nous apportons notre pierre à cet édifice qui promeut la randonnée et fait découvrir des territoires autrement.

Etat des sentiers et culture de la marche en Bosnie-Herzégovine

C'est en Bosnie-Herzégovine que nous avons réellement traversé le cœur de l'hiver. Ses montagnes et son climat continental ne nous ont laissé aucune chance d'y échapper. Pas de souci, on était équipés !

En prévision des hauts plateaux bosniens et monténégrins, Nil nous avait fabriqué des traîneaux ultralights.

A partir de “snow carpets”, des tapis de plastique normalement destinés à servir de luge, il a ajouté des élastiques, des petits trous, des œillets, quelques mousquetons et cordes plus loin, nous avions nos nouveaux compagnons.

Il a fallu les apprivoiser, comprendre comment ils se comportaient sur quels terrains, mais nous savons à présent où est-ce qu'ils nous sont utiles et ils sont si compacts et légers qu'ils ne sont pas un fardeau quand on ne s'en sert pas.

Notre expérience du bivouac en Bosnie-Herzégovine

Pendant cette traversée de la Bosnie-Herzégovine en randonnée en hiver, nous n'avons eu aucun souci pour camper n’importe où. De toute manière, en dehors des villages, nous ne croisions en général personne, notre tente ne gênait donc pas beaucoup.

La principale difficulté est venue de la saison elle-même. Camper sur plusieurs mètres de neige, ça demande un tout petit peu d’adaptation. Pour ce premier hiver dans la neige, nous avions avec nous une tente 4 saisons, pour résister aux conditions les plus extrêmes. Dormir sous la tente par des températures très froides a finalement été plus simple que ce qu’on avait imaginé. Une fois installés et glissés dans le duvet, il ne fait plus vraiment froid. Le plus dur, c’est quand même le matin quand il faut s’en extraire !


Territoires et nature en Bosnie-Herzégovine

Livno

Notre premier contact avec le pays s’est fait dans la petite ville de Livno. Ce qui nous a d’abord sauté aux yeux ? La vie ! Il y avait une vraie vie de village, de l’animation, des jeunes, des cafés. Changement radical par rapport à l’austère Croatie. En arrivant, nous avons été mis en contact avec Jelena. La trentaine, prof de bio et passionnée de randonnée, elle, ainsi que sa sœur Marija et leur père, ont été de parfaits guides pour nos premiers pas en Bosnie-Herzégovine et pour nous faire découvrir leur belle région. 

Sur le plateau de Krug, à une dizaine de kilomètres de Livno, vivent environ 500 chevaux sauvages depuis plus d’un demi-siècle. Étonnamment, ils résistent à tout et leur population augmente doucement d’année en année. 

Impossible de passer à Livno, sans aller voir Duman, la source de la rivière Bistrica qui traverse la ville. Grâce aux explications du père de Marija et Jelena, nous avons compris comment s'organisait autrefois la vie autour de cette source et des montagnes environnantes.

En quittant Livno, nous avons accueilli notre 17ème invité ! Aldin est originaire de Jablanica, ne lui dites pas qu'il est Bosnien, il vous dira qu'il est Herzégovinien… Imaginez la galère pour nous, on pensait juste commencer à comprendre qui devait être appelé comment, quels étaient les découpages administratifs du pays, et on apprend qu'il y a encore d'autres subtilités et...susceptibilités !

Quoi qu'il en soit, passer cette semaine avec Aldin dont une partie avec son ami Jusuf, était une première pour nous : avoir un invité natif du pays dans lequel il nous rejoint. C'est nous qui sommes devenus les invités en quelque sorte, ce sont eux qui nous ont emmené sur leurs terres et fait découvrir les montagnes qu'ils parcourent depuis toujours. 

La réserve naturelle de Blidinje

Au cœur de l'Herzégovine, la réserve naturelle de Blidinje est située sur une vaste zone qui regroupe trois chaînes de montagne : Vran, Čabulja et Čvrsnica. Blidinje est connu pour ses secteurs montagneux intacts et sauvages. Une unique et minuscule station de ski vient vaguement troubler le calme des ces massifs.

Prenj

Arrivés au pied du massif de Prenj, “l’Himalaya bosnien”, nous sommes pris d’une petite hésitation. Nous savons que c’est un massif très isolé et extrêmement difficile d’accès pour les secours en montagne. La météo semble de notre côté, ajoutez à cela une bonne dose de curiosité et nous voilà en route pour les pentes de Prenj. Nous sommes seuls, tirant nos pulkas. Le massif nous appartient, ou plutôt… nous lui appartenons. Quatre jours entiers sans voir d’autres traces que les nôtres dans la neige.

Lukomir

Le plus haut village de Bosnie, perché à flanc de falaise, est aussi l’un des plus hauts de toute la péninsule des Balkans. Avant d’y arriver, personne sur notre route n’avait su nous dire avec certitude si le village était habité en hiver. Finalement, il n’y avait personne. Nous avons visité le village comme un musée, nous sentant un peu voyeurs d’être là tout seuls.

Sarajevo

Oui, nous avons fait le détour jusqu’à Sarajevo pour découvrir cette ville chargée d’histoire. Comme le reste du pays, la ville est coupée en deux. Dans la plupart des villes de Bosnie, coule une rivière qui sépare en général deux communautés. Là où la guerre a fait rage, les ponts ont tous été détruits, puis reconstruits. A Sarajevo, les majorités serbes et bosniaques ne sont pas séparées par la rivière mais la frontière entre les deux entités du pays passe littéralement dans la ville. Un exemple, les taxis de la partie nord, n’ont pas le droit de travailler dans l’autre partie de la ville, en République Serbe de Bosnie. 

Impossible à Sarajevo d'ignorer qu'il y a eu la guerre. Beaucoup d'immeubles restent criblés d'impacts de balles, voire de munitions plus lourdes.

On a essentiellement exploré la partie bosniaque de la ville et on a adoré ! On ne s’est jamais sentis aussi proches d’Istanbul ! Café turc (bosnien pardon) en terrasse, loukoums et architecture ottomane. 


Rencontre avec les habitants de Bosnie-Herzégovine

Nous avons passé environ un mois à randonner en Bosnie-Herzégovine et, dans l’ensemble, nous avons fait beaucoup de rencontres. En fait, à la seconde où nous avons passé la frontière, nous avons senti la différence et compris que la traversée du désert en termes de rencontres était terminée. On a même repris les bonnes habitudes en allant dormir chez l’habitant, ça ne nous était pas arrivé depuis un bon moment. 

On ne peut pas toutes les citer mais chacune de ces rencontres a contribué à rendre inoubliable notre expérience en Bosnie.

Nos rencontres les plus marquantes

Emir qui a eu la gentillesse de nous accueillir chez lui à Sarajevo pendant quelques jours. A chaque fois qu’on a l’occasion de passer du temps avec des gens de notre tranche d’âge, on gagne un temps fou sur notre compréhension du pays. On a des préoccupations similaires et surtout, on peut en échanger en anglais.

Nous avons fait la connaissance de membres de l’association Avantur. La mission de l’association est de promouvoir l’accès à la nature pour les jeunes par le biais de la randonnée, du vélo, des sports d'hiver et d'autres activités. Mustafa et Sumeja ont été nos guides pour notre première soirée à Sarajevo. 


Culture en Bosnie-Herzégovine

Aujourd’hui le pays est divisé en trois entités autonomes : la fédération de Bosnie-et-Herzégovine, la république serbe de Bosnie et, plus anecdotique, le district de Brčko. 

Les citoyens de Bosnie-Herzégovine s’appellent les Bosniens. Ils sont issus de trois principaux groupes ethniques : les Bosniaques (musulmans), les Serbes (orthodoxes) et les Croates (catholiques). De notre point de vue, cette mixité qui a mené à bien des horreurs dans les années 1990 est aujourd’hui à l’origine d’une certaine tolérance et d’une belle ouverture d’esprit chez ses habitants. C’est en tout cas l’impression générale que nous avons eu. En creusant un peu, en discutant avec des locaux, on a compris que la réalité n’était pas toujours si rose. Les enfants des trois peuples vont, en général, dans des écoles séparées et étudient des programmes différents par exemple.

Globalement, le développement du pays est lent, en partie à cause du système de gouvernance : chaque peuple élit son Président et les trois élus exercent une présidence tournante tous les 8 mois.

Côté cuisine, on a retrouvé en Bosnie la plupart des spécialités qu'on avait découvert en Croatie même si on a vu arriver une influence orientale, ottomane.

Les incontournables burek et autres pite, ces feuilletés en pâte filo garnis soit de viande, soit de fromage, soit d'épinards. Nulle part vous ne trouverez une variante différente de ces trois basiques. 

LA spécialité, et c'était déjà le cas en Croatie et on en trouvait aussi en Slovénie, ce sont les cevapci. Des bâtonnets de viande hachée mélangée à des oignons et des épices, grillés et fourrés dans un pain rond lui-même grillé à l'huile. Rien d'autre que des oignons crus ne peut accompagner le cevapci a part éventuellement du ayvar, une purée de poivrons, et un peu de crème fraîche.

Il est généralement de prune, de poire ou de pomme, Ici ils l'appellent rakija, shnaps en Slovénie, pagaso au Portugal, aguardiente en Espagne, eau de vie ou gnôle en France… C'est peut-être la principale constante de notre voyage, haha ! Chacun pense que c'est une spécialité de sa région ou de son pays mais on le trouve partout ! Petite différence, ici ils le boivent aussi en apéritif avant le repas.

Est-ce qu’on marcherait 500 km de plus ici ?

Oh mais oui ! Même 1000 !


Anecdotes de notre randonnée en Bosnie-Herzégovine

Wild fact

La neige est idéale pour observer les traces d’animaux, un tout petit peu inquiétant aussi quand on constate tout ce qui tourne autour de la tente la nuit.

Food fact

Dans tous les Balkans, il vaut quand même mieux aimer la viande…


Préparation et organisation pour randonner en Bosnie-Herzégovine

Quand y aller ? 

La Bosnie-Herzégovine doit être géniale en été, mais on l’a adorée en hiver, il faut juste être bien équipé.

Où dormir ?

Nous avons essentiellement dormi sous la tente ou invités chez l’habitant. A la période où on y était, aucun souci pour camper n’importe où.

Quel matériel ? 

Pour cette traversée de la Bosnie-Herzégovine en randonnée en hiver, nous sommes partis avec des vêtements d’hiver, du matériel de randonnée et de bivouac et le minimum d’équipement de sécurité en montagne.

Retrouvez ici la liste détaillée de notre matériel, article par article.

Le bivouac est-il autorisé en Bosnie-Herzégovine ?

Officiellement, le camping sauvage est interdit en Bosnie-Herzégovine. Officieusement, en dehors des agglomérations et des zones touristiques, elle est tolérée par la plupart des autorités et des résidents.

Y a-t-il des espaces protégés

L’itinéraire de notre randonnée en Bosnie-Herzégovine passe par plusieurs zones protégées :

  • Réserve naturelle de Blidinje
  • Parc national de Sutjeska

Les chiens sont-ils autorisés ?

Cette traversée de la Bosnie-Herzégovine en randonnée peut être réalisée avec un chien. En hiver, ça risque quand même d’être très compliqué, sauf si vous lui trouvez des petites raquettes.

Marie aka "Blue"
septembre 7, 2022
L'auteur en quelques mots :
Elle c’est Marie. Sous ses airs sages se cache une force et une résilience hallucinante. Elle adore découvrir et se faire surprendre par la vie quitte à être complètement à l'arrache, mais en vrai, c’est aussi une malade de l’organisation. Sur le sentier, elle en laisse plus d’un derrière et ses talents de grimpeuse lui permettent d'être à l’aise sur les chemins les plus techniques. Marie bossait dans les ressources humaines. Son sens de l’autre et son écoute nous rassurent dans les pires situations ! Marie est la cofondatrice de Further Stories.

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