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Randonnée en Turquie - 400 km en Thrace turque

ENTRE EUROPE ET ASIE

Nous avons traversé la Turquie dans le cadre d’un plus long voyage : une marche à travers l’Europe via 16 pays. Entre 2018 et 2020, nous avons marché 10000 km du Portugal jusqu’en Turquie pendant deux ans. C’est le projet Deux Pas Vers l’Autre. Découvrez l’ensemble du projet ici.

Nous sommes projetés dans une ville qui grouille, qui sent la viande grillée, les grenades pressées et le thé brûlant. 

Si toutes nos entrées dans chacun des 16 pays sont toutes gravées dans notre mémoire, notre arrivée en Turquie est forcément un peu spéciale.

La dernière frontière de tout le voyage !

Difficile de vous décrire l’état d’esprit dans lequel on se trouvait pendant les longues heures qu’a duré le franchissement de cette ultime frontière. Nous étions émus, surexcités, un peu tristes, fiers aussi ! Le poste frontière s’étend sur 3 km et il faut présenter son passeport 5 fois.


Infos clés de notre randonnée en Turquie

  • Pays : Turquie
  • Type d’itinéraire : Ligne droite
  • Difficulté : Intermédiaire
  • Langue : Turc
  • Période : Hiver - février
  • Durée : 24 jours
  • Distance : 386 km
  • Point de départ : Hamzabeyli Sınır Kapısı, frontière bulgare
  • Point d’arrivée : Istanbul
  • Dénivelé positif : 6980 m
  • Dénivelé négatif : 7240 m

Randonnée et aventure en Turquie

Etat des sentiers et culture de la marche

Cette partie de la Turquie n’est pas vraiment touristique, à part un peu sur la côte de la mer Noire.

Et le tourisme de randonnée encore moins.

Tracer un itinéraire sympa qui relie la frontière bulgare à Istanbul nous a demandé quelques poignées d’heures le nez dans des cartes et à éplucher internet à la recherche d’informations.

Sur les derniers kilomètres avant d’atteindre la mer Noire, nous avons dû traverser des dizaines de rivières glaciales, parfois en ayant de l’eau jusqu’à mi-mollets, des barrières de ronces infranchissables et… la neige !

Sur cette section, nous sommes accompagnés de la mère de Marie, Catherine. On se réveille un matin, la tente est couverte de neige, la condensation a gelé sur les parois intérieures et nous avec ! Passés les premiers moments difficiles (préparer le petit dej dans la neige, replier la tente gelée, etc) nous nous mettons en route et arrivons au pays des merveilles. La douce lumière du matin et la fine couche de neige rendent sublime chaque détour du chemin.

Peu de temps après le départ de Catherine, c’est Noé et Julie qui nous rejoignent.

1 km après que nous ayons pris la route, c’est le drame.

Un arbre est tombé en travers du chemin, il est couché à environ 70 cm du sol. Nil monte dessus, de l’autre côté l’attend un épais tapis de feuilles mortes sous lequel se cachent de grosses pierres. Sa cheville se coince entre les pierres et se tord dans un bruit horrible. Sueurs froides, tête qui tourne, Nil est proche de l’évanouissement.

Si elle n’est pas cassée, c’est qu’il s’en tire quand même avec une énorme entorse. Deux ans sans blessure majeure et il se bousille la cheville à 8 jours d’Istanbul !

On se console comme on peut en se disant que ça aurait pu arriver 8 jours après le début du voyage… Il décide de continuer mais le lendemain, la douleur est trop forte et il va à l’hôpital faire une radio.

L’absence de fracture est confirmée mais il faudrait quand même faire une IRM pour connaître l’étendue des dégâts. Cet hôpital de campagne n’est pas équipé pour cela, il faudra attendre.

En temps normal, si nous avions été tous les deux, nous aurions trouvé un endroit pour patienter quelques jours voire quelques semaines le temps que Nil se sente mieux. Mais nous avons deux invités avec nous et 6 autres en chemin, certains arrivent du bout du monde et il va falloir faire avec.

Voilà sûrement la dernière preuve, indiscutable, que Nil est un robot, un surhomme, ce que vous voulez.

On apprendra en rentrant en France qu’il s’est totalement arraché plusieurs ligaments et abîmé tous les autres.

Le 15 février 2020 est un grand jour.

A notre équipe de 4 marcheurs vont se rajouter 6 autres et ils arrivent ce soir !

Nous allons finir cette aventure à 10 personnes de 3 nationalités différentes. Matt, Buzz et Benny sont ceux qui viennent du plus loin. Ils arrivent des Etats-Unis et ont fait un très long voyage pour nous rejoindre. Petar nous rejoint du pays voisin, la Bulgarie. Enfin, Clémence et Hugues arrivent de Paris. Tout ce petit monde ne se connaissait pas avant ce 15 février, certains ont fait connaissance dans l’avion, d’autres à l’aéroport ou dans le taxi qui les emmenait jusqu’à nous. 

Ce soir-là, l’excitation est palpable, nous installons notre premier camp de 6 tentes, faisons un immense feu de joie, partageons nos premiers instants ensemble et savourons le plaisir d’être ensemble.

Le matin, nous nous voyons pour la plupart pour la première fois à la lumière du jour.

Nous avons tous, je crois, cette même sensation : ce n’était donc pas un rêve, je suis bien en Turquie avec cette bande d’énergumènes et la semaine s’annonce dingue !

Evidemment, la vie sur la route à 2 ou à 10, c’est un peu différent.

Il a fallu s’adapter, s’attendre, apprendre comment fonctionner ensemble, trouver un rythme commun, chercher des emplacements de bivouacs gigantesques, cuisiner pour 10 affamés…

Très vite, un esprit de groupe est né, des amitiés se sont créées. Personne ne le dit aussi bien que Julie dans son article : “un corps solidaire qui s’entraide toujours lorsqu’un des membres flanche”. Nous avons traversé ces 6 jours ensemble avec une vive émotion, celle de la proximité de notre objectif évidemment mais aussi de cette énergie créée par ce groupe atypique. 

Quelques jours plus tard, nous marchons depuis une heure ou deux dans ce paysage défiguré par les engins de chantier. La terre est béante, déchirée et dégoulinante.

Après un virage, nous voyons trois personnes assises autour d’un feu. On croise souvent des Trucs qui s’installent au bord du chemin, font un feu et préparent du thé.

A notre approche, ils se lèvent, se tournent vers nous et enlèvent leur capuche. Ce ne sont pas trois Turcs mais Lindo, Kiwi et Lya, le père, la belle-mère et la sœur de Nil !

Comme si on n'avait pas eu notre lot d’émotions pour la semaine. Ils passeront cette journée et la suivante (la dernière !) à marcher avec nous et rentreront dormir à Istanbul, tout notre matériel de camping étant déjà prêté à nos invités.

Notre expérience du bivouac en Turquie

Tout le monde a l’air très détendu avec le bivouac en Turquie et nous avons pu camper aussi souvent que nous le voulions. Les températures hivernales et la neige nous ont poussées à parfois rechercher d’autres solutions, en squattant des cabanes ou des granges.


Territoires et nature en Turquie

La grotte Dupnica

Après une journée de marche sous la pluie, nous arrivons devant la grotte de Dupnica.

Le petit parc qui se trouve devant doit être charmant en été : étals de marché, restaurant, balançoires… Mais il est superbement vide et tout est fermé lorsque nous arrivons.

Pendant que nous cherchons un endroit où camper, tout se couvre rapidement d’un fin manteau blanc. Par acquis de conscience, nous tentons d’ouvrir toutes les petites cabanes alentour.

Magie, l’une d’elles s’ouvre !

Elle est vide, fraîchement construite, parfaitement hermétique. C’est là que nous dormirons, à l’abri.

Avant la nuit, nous partons explorer la grotte et découvrons, à la lueur de nos lampes frontales, des milliers de chauves-souris endormies. 

Les forêts inondées d’Iğneada

Nos pas nous mènent dans le parc des forêts inondées d’Iğneada. Sous la neige, le spectacle est magnifique.

Nous débouchons sur la plage, face à la Mer Noire. Le ciel est presque noir, la plage est blanche de neige, le vent souffle et nous sommes seuls au monde au milieu de ce paysage hors normes.

Au loin, nous voyons la ville d’Iğneada, petite station balnéaire qui marquera la fin de notre semaine avec Catherine.

Quelques dizaines de mètres avant d’arriver en ville, nous devons traverser un estuaire ou faire un détour de 12 km. L’eau est beaucoup plus haute que ce que nous avions imaginé mais nous touchons au but et aucun de nous n’est tenté par les 12 km de plus.

Nous savons que nous pourrons nous changer rapidement, nous avons réservé une chambre d’hôtel.

Ni une ni deux, on s’élance dans l’eau qui arrivera jusqu’au-dessus du nombril pour Catherine, la plus petite d’entre nous. L’eau est glaciale, l’air pas à plus d’1 ou 2°, mais pas de regrets, on a bien ri !

Istanbul

Un dernier réveil sous la tente, on essaye de mettre tout le monde debout assez tôt parce qu’on sait qu’un groupe de 10 est plus lent à se mettre en route que deux personnes et parce que notre destination est encore loin.

Les portes d’Istanbul ne sont qu’à une vingtaine de kilomètres mais c’est une ville tentaculaire et nous devrons marcher 15 km de plus avant d’atteindre le point symbolique que nous avons fixé pour notre arrivée : la mythique Hagia Sophia.

Ces derniers kilomètres ont sans aucun doute été les plus difficiles du voyage.

Si nous connaissions la distance qui nous séparait de notre objectif, nous n’avions pas du tout mesuré que le centre d’Istanbul était entouré de collines.

Finalement, nous aurons marché 42 km ce jour-là mais surtout grimpé plus de 1000 mètres de dénivelé positif !

Environnement

On ne va pas se mentir, tout n’a pas été rose sur ces plages.

Inutile de mentionner la quantité d’efforts supplémentaires que marcher dans le sable demande.

A vrai dire, on était presque soulagés d’arriver là où la mer avait déposé des tonnes et des tonnes de déchets.

Qui est à blâmer ?

Qui est à blâmer pour ces immondices tout le long de la mer Noire ?

Pas la Turquie, en tout cas pas seulement.

Six pays bordent la mer Noire et sont tous également responsables de ce que nous avons trouvé sur cette plage. Ajoutez-y tous les bateaux qui naviguent et les touristes sur la plage et vous obtenez ici l'équation complète qui a conduit à cette situation désespérée.


Rencontre avec les Turcs

Sur les premiers kilomètres de notre traversée de la Turquie en randonnée, nous avons été souvent contrôlés par la police, parce que des gens nous ayant vu passer avaient dénoncé des “migrants” marchant au bord de la route. 

Notre première impression des Turcs a donc été un peu mitigée mais dès que nous nous sommes éloignés de la frontière bulgare, ce sentiment a disparu, laissant place à la rencontre.

Nos rencontres les plus marquantes

A Edirne, nous rencontrons deux jeunes filles qui, après avoir discuté un moment, m’invitent à aller aux bains turcs avec elles. Le bonheur ! Après des semaines dans les montagnes bulgares, c’est tout ce dont je rêve. On se retrouve près de la mosquée, la mère de l’une d’elle m’offre un gant pour faire mousser le savon qu’elle a tricoté elle-même. Je me réjouis de cette transition hyper rapide. Hier nous ne nous connaissions pas et aujourd’hui on se savonne le dos. Après avoir bien fait ramollir notre peau, c’est l’heure du gommage. Une Turque en slip me fait signe de m’allonger sur la dalle en marbre. A l’aide d’une taie d’oreiller, elle fait mousser son eau savonneuse puis m’astique sous toutes les coutures. Je ressors de là “neuve”.

Yusuf et Ayse nous ont accueillis dans leur Bed & Breakfast. Une famille d’artistes, autant dans le domaine de la musique que de la gastronomie. Chez eux, nous prendrons probablement nos meilleurs repas turcs et, même s’ils ne parlaient pas anglais, nous passerons un très beau moment en leur compagnie. 

En cherchant des informations sur les sentiers autour d’Istanbul, nous avons découvert l’association Hiking Istanbul et ainsi rencontré Oytun, un de ses membres très actif. Oytun nous a donné plein de conseils sur la route à emprunter et est venu marcher avec nous pour nous avant-dernière journée de marche. Passionné d’histoire, il nous a régalé tout du long de 1001 détails sur les terres que nous traversions.


Culture en Turquie

Dans les cafés où on aimait s’arrêter boire une tasse de thé brûlant, nous n’avons jamais vu de femmes. Ça ne se fait juste pas pour les femmes turques d’aller au café. Au restaurant ok, parce qu’il faut bien se nourrir. Au café, jamais. En revanche, aucun problème pour moi, étrangère. Un jour, on nous a dit à Julie et moi que nous étions définitivement les premières femmes à venir dans ce café. On nous a prises en photo avec le patron et on nous a assuré que la photo serait rapidement accrochée au mur. 

Est-ce qu’on marcherait 500 km de plus ici ?

Nous ne reviendrons sans doute pas refaire cette même section mais nous avons très envie de découvrir le reste du pays. 

Nous avons atteints Hagia Sophia à 22h passées, sous la pluie, nous boitons, nous souffrons, mais l’excitation nous a porté jusqu’au bout avec le sourire. Après un moment de flottement où nous étions tous un peu perdus, la joie explose.

Nous l'avons fait !!

Nous nous sentons excités, épuisés, chanceux, vides, entiers, soulagés, aimés et reconnaissants.

Nous passons quelques jours à Istanbul, nous n’explorons pas autant la ville que nous l’avions imaginé parce que nos corps nous lâchent !

Si Nil a réussi à arriver jusque là, sa cheville lui fait comprendre qu’elle n’ira pas plus loin.

De mon côté, de petites douleurs tendineuses s'éveillent un peu partout et ne me quitteront pas avant une bonne semaine.

Maintenant, une nouvelle aventure nous attend, celle du retour. Nous avons des tonnes de projets mais cela est encore bien flou…


Anecdotes sur notre randonnée en Turquie

Gênance fact

Dans les petits villages, le patron du café est souvent le Muhtar, l’équivalent du Maire.

Très tôt dans notre traversée de la Turquie, on nous a recommandé d’aller nous présenter au Muhtar quand nous arrivions quelque part.

C’est comme ça que nous avons rencontré Ibrahim, Muhtar du village de Kapakli, qui a tenté avec insistance de devenir mon beau-père.

Je m’explique.

On arrive dans le village, on cherche le Muhtar, il nous invite dans son café et nous indique qu’on pourra y passer la nuit. Nous passons la fin de journée à discuter avec lui et les clients du café.

Quand le café ferme, il nous prépare un dîner que nous partageons tous ensemble.

Quand vient l’heure de se coucher (il est déjà près de minuit et on ne tient plus debout), il refuse que Catherine, ma mère, dorme dans le café.

On croit comprendre qu’en raison de son âge et de son statut d'aîné dans notre groupe, elle devrait aller dormir chez lui.

C’est du moins ce que l’on a compris parce que si nous faisions l'effort de communiquer via Google Traduction, lui non.

Il nous a fallu plus d'une heure pour le convaincre de laisser tomber.

Il est parti fâché. 


Préparation et organisation pour randonner en Turquie

Quand y aller ?

Si l’hiver nous a un peu compliqué la vie, il faut admettre que c’était très joli.

Cette traversée de la Thrace turque peut se faire toute l’année.

Où dormir ?

Sous la tente, à l’hôtel dans les plus gros villages, ou encore chez le Muhtar, à vos risques et périls ! 😀

Quel matériel ? 

Pour cette traversée de la Slovénie en randonnée, nous sommes partis avec des vêtements d’hiver, des vêtements de pluie, du matériel de randonnée et de bivouac et sans équipement de montagne.

Retrouvez ici la liste détaillée de notre matériel, article par article.

Le bivouac est-il autorisé en Turquie ?

Aucun problème, la réglementation est très souple sur le sujet et le bivouac est autorisé en Turquie.

Y a-t-il des espaces protégés

L’itinéraire de notre randonnée en Turquie passe par plusieurs zones protégées :

  • Parc naturel des chutes d’eau de Velika
  • Parc national des forêts inondées d’İğneada
  • Parc naturel de Çilingoz
  • Parc naturel de Kirazlıbent

Les chiens sont-ils autorisés ?

La Turquie restera pour nous le pays des chiens. Partout on trouve des chiens errants, très sympas et pas du tout agressifs. La plupart des communes ont une politique de prise en charge des chiens et des chats errants. Ils sont pucés, nourris, soignés et stérilisés. Pendant parfois plusieurs jours, différents chiens nous ont accompagnés. 

Aucun problème pour réaliser cette traversée de la Turquie avec un chien. 

Marie aka "Blue"
septembre 7, 2022
L'auteur en quelques mots :
Elle c’est Marie. Sous ses airs sages se cache une force et une résilience hallucinante. Elle adore découvrir et se faire surprendre par la vie quitte à être complètement à l'arrache, mais en vrai, c’est aussi une malade de l’organisation. Sur le sentier, elle en laisse plus d’un derrière et ses talents de grimpeuse lui permettent d'être à l’aise sur les chemins les plus techniques. Marie bossait dans les ressources humaines. Son sens de l’autre et son écoute nous rassurent dans les pires situations ! Marie est la cofondatrice de Further Stories.

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